Donald Trump est capable de faire flèche de tout bois… par Léo Joseph

Donald Trump est capable de faire flèche de tout bois… par Léo Joseph

  • LE CINISME EN POLITIQUE, UN ATOUT OU UNE TARRE ?

S’il faut s’en tenir aux sondages d’opinion, Joseph « Joe » Biden, candidat démocrate aux élections du 3 novembre 2020, sera élu président le 3 novembre prochain haut la main. La tendance de l’électorat américain, tel que reflétée dans les différents recensements, semble donner raison aux prédictions affichées. Mais les détracteurs de Donald Trump devraient se garder de dormir sur leurs lauriers, surtout quand on a affaire à un homme politique doué d’un cynisme légendaire, capable de sortir mille et un tours de son sac.

En effet, il semble que, tout au long de son mandat, le président républicain prenne un malin plaisir à agacer les citoyens, à prendre des décisions qui aliènent surtout les minorités, notamment les Noirs et les citoyens d’origine antillaise, énervant sans retenue les couches à tendance libérale, démocrate et autres de la même famille sociopolitique. Dans l’idée de conforter ses bases politiques ultraconservatrices ― toutes tendances confondues ―, il a suscité la défection de nombre d’alliés républicains on ne peut plus gênés par ses politiques anti-minorité, que d’aucuns qualifieraient franchement de « réactionnaires », « antipeuple » destiné à satisfaire les intérêts « des bourgeois », sa famille sociopolitique.

Dans un pays comme les États-Unis d’Amérique où l’écrasante majorité appartient à la classe moyenne, le Parti républicain s’inscrit dans le camp des minorités électorales. Les candidats de cette formation politique, qui ont réussi à percer dans les scrutins, au niveau fédéral, local et municipal, ont su afficher certaines tendances libérales, histoire de séduire les démocrates et libéraux dont l’adhésion leur permet, dans bien des cas, de combler le vide qui les sépare de leurs rivaux démocrates. Il faut vite rappeler que cette équation politique, de nos jours, joue rarement en faveur des républicains, dans des États tels que New York, Connecticut, ou Californie. Si Donald Trump a su, en 2016, vaincre Hillary Clinton, il faut bien se rappeler qu’il avait véhiculé un discours quelque peu séduisant à l’égard des minorités. Mais après bientôt quatre ans, à la Maison-Blanche, il semble avoir gaspillé le peu de sympathie dont il jouissait auprès de ces derniers. Voilà pourquoi tous les recensements d’opinion, en dehors de ceux politiquement orientés ou spécialement commandités, lui décernent la défaite, le 3 novembre prochain.

À la lumière de toutes les informations qui circulent dans tous les organes de presse, nationale et internationale, y compris sur les médias sociaux, on peut dire du sort de M. Trump, aux élections du 3 novembre : « Alea jacta est » (The fate is cast). C’est la réalité qui semble dicter les enjeux, à deux mois à peine de la date fatidique. Il est donc aisé de comprendre pourquoi tous les démons sont susceptibles de se déchaîner chez ce dernier, qui n’est certainement pas au bout de ses tours de passe-passe politique.

Donald Trump et le vote des Haïtiens

S’il est vrai que les prévisions émises par les sondages d’opinion ébranlent le clan Trump s’ingéniant à tirer le maximum de dividendes de chaque secteur politique, voire de chaque ethnie, on peut déduire que les décideurs de la campagne électorale du milliardaire président ne vont pas rester indifférents par rapport à la manière dont s’était déroulée la campagne de 2016, en ce qui concerne la communauté haïtienne, plus spécifiquement celle de la Floride, de Miami en particulier.

En effet, en 2016, le candidat républicain effectua une visite in extremis, à Little Haïti, à l’initiative de Bernard Sansaricq, ex-sénateur d’Haïti retourné à son pays d’origine, tôt en 1986, après la chute de la dynastie des Duvalier. Il fut élu au Grand Corps, dans l’euphorie politique suscitée par la libération de la dictature duvaliériste rétrograde. Aligné sur les options du Parti républicain, Sansaricq s’était alors érigé en fantassin dans l’infanterie politique de Donald Trump. Aussi voulut-il prêter main-forte à l’élection de ce dernier en attirant les électeurs haïtiens de la Floride dans son sillage. Déjà irritée contre Hillary Clinton, accusée, à tort ou à raison, d’avoir concocté le détournement du fonds de reconstruction d’Haïti, après le tremblement de terre du 10 janvier 2010, ne demandait pas mieux que de s’embarquer dans la barque de Trump.

En Floride, cette fois (2020), la réalité est toute autre, à l’égard du président américain, au sein de la communauté haïtienne. Aussi, Bernard Sansaricq estime-il devoir tirer vengeance par rapport au président américain qui, dit-il, n’a pas tenu ses «promesses », à l’égard des Haïtiens, ayant, de surcroît traité Haïti de « trou d’aisance ». L’aversion qu’il a pour Donald Trump s’est exprimée dans un document exposé sur son compte Facebook dans lequel il déclare avoir boudé une invitation qui lui aurait été faite par la campagne du président, dans l’objectif, sans doute, de répéter l’expérience de 2016.

Autrement dit, le message de Bernard Sansaricq, en 2020, prend le contre-pied de ce qu’il prônait dans le cadre de la campagne électorale du candidat Trump. Divorce total avec celui-ci, le vote haïtien en Floride a, a priori, changé de camp. Le moment serait donc venu pour Trump de dire : « Adieu, veau, vache, cochon, couvée » ? (titre du poème de Lafontaine, Pierrette et le pot au lait).

Trump est-il prêt à renoncer aux votants haïtiens ?

À 55 jours des élections, il est de bonne guerre de poser la question : Trump est-il prêt à renoncer aux votants haïtiens ? Il n’est un secret pour personne que les politiciens, de tous les temps et de tous les pays, font flèche de tout bois, quand il s’agit de promouvoir leur candidature ou d’attirer les électeurs vers eux. Dans la mesure où le candidat Trump tiendrait à un second mandat, il faut s’attende à ce qu’il « innove » pour améliorer ses chances de succès auprès des électeurs haïtiens.

En effet, si effectivement les sondages d’opinion reflètent objectivement la tendance des électeurs, et si le président américain entend rester le locataire de la Maison-Blanche pendant encore quatre ans, il faut s’attendre à ce qu’il prenne une décision qui serait de nature à provoquer un revire ment soudain chez la population haïtienne basée aux États-Unis.

D’un cynisme pas possible, doublé d’un menteur invétéré, en sus d’être sans état d’âme, il est possible que Donald Trump sorte de son sac un tour de passe-passe inimaginable, pourvu qu’il pense pouvoir changer la donne, le 3 novembre, au niveau des électeurs haïtiens. Aussi ne devrait-on pas s’étonner d’apprendre la diffusion d’un décret ou d’une résolution qu’il croit possible de plaire à ses détracteurs haïtiens.

À la lumière de ces faits, si d’aventure Donald Trump devait décider de retirer son appui à Jovenel Moïse, dont les derniers actes et décisions dépassent les limites de la décence, de la bonne gouvernance et d’humanisme politique et social, cela risquerait d’entraîner une nouvelle attitude à son égard, au sein de cette communauté.

De toute évidence, la réponse à la question posée au départ peut être répondue différemment par les différents intervenants, car elle est en fonction de la position de laquelle elle s’articule.

Entre-temps, nonobstant les acrobaties effectuées par le président haïtien pour conforter la politique de Trump à l’égard de Maduro, du Venezuela, rien ne lie le président américain à ses engagements. Car, les États n’ont pas d’amis, ils n’ont que des relations. L.J.


Cet article est publié par l’hebdomadaire Haïti-Observateur New York VOL. L No. 35, édition du 9 septembre 2020 et se trouve en P. 1, 9, 13 à : http://haiti-observateur.ca/wp-content/uploads/2020/09/H-O-9-sept-2020-1.pdf